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Patrick Santilli

Comment vos images mentales ruinent votre potentiel

Attention aux métaphores et hyperboles

« Je suis au bout du rouleau », « tu m’as blessé.e », « je suis vidé.e » sont des expressions que vous utilisez souvent ? Alors arrêtez-vous une seconde sur cet article : il va vous ouvrir les yeux sur la torture mentale que vous vous infligez . Et oui, « ouvrir les yeux » et « torture mentale » sont des images ! C’est fait exprès 😉

Au quotidien, vous n’êtes certainement pas conscient du nombre d’images que vous utilisez pour parler de vos émotions, relations interpersonnelles, ambitions ou regrets. A l’heure où le rôle des pensées est de plus en plus souligné dans les thérapies individuelles, il est temps de se pencher sur le rôle des images mentales créées par ces pensées. Ce sont notamment ces procédés que la littérature appelle métaphore et hyperbole, qui, utilisées à répétition, peuvent venir ruiner tout le potentiel engendré par une bonne hygiène de vie, un travail régulier dans une discipline ou des capacités naturelles dans un domaine.

Le point définitions

  • La métaphore est une figure de style qui permet d’imager un propos ou une situation, soit de remplacer une expression par une autre expression analogue (entretenant un rapport de ressemblance avec la première) qui mettra en relief certains aspects particulièrement importants de ce que l’on entend dire en suggérant une image mentale. Par exemple, on parle régulièrement de la « flamme » amoureuse, du « brasier ardent » qui « consume » deux amants. Existe-t-il un vrai feu brûlant physiquement dans le for intérieur de ces deux personnes ? Bien sûr que non. En parlant d’une flamme (qui implique lumière, chaleur, et un certain caractère dangereux et incontrôlable), on met simplement en relief que l’amour est un sentiment intense, agréable, mais aussi potentiellement douloureux. La métaphore peut exister dans des phrases comme « ce sportif est un Dieu ! », dans lesquelles le comparé (le sportif) est présent aux côtés du comparant (le Dieu) : c’est ce qu’on appelle une métaphore in praesentia, dans la mesure où tous les éléments y sont présents. Il existe aussi des métaphores in absentia, comme lorsque l’on dit « le Dieu du stage est entré sur le terrain », où le comparé est absent et remplacé par son alter ego métaphorique.
  • L’hyperbole, quant à elle, est une figure d’exagération. Elle s’appuie sur le grossissement d’une situation, d’une idée, ou d’attributs particuliers pour souligner et insister sur ces derniers et leur caractère impressionnant (en bien ou en mal). Dire d’une femme grande que c’est « une géante », c’est créer une image basée sur l’amplification de ses dimensions naturelles.  L’hyperbole est souvent accompagnée de superlatifs « c’est la plus grande, la plus énorme, la plus impressionnante ».

Pourquoi ces deux procédés sont-ils dangereux pour votre développement personnel ?

Eh bien parce qu’ils vous créent une réalité mentale souvent erronée et catastrophiste. Ainsi, souvent, vous êtes amené.e à dire (et du même coup, à penser) que vous avez « une montagne» de problèmes avec « mille complications » qui constituent « un poids » sur vos épaules. En réalité, vous avez quelques situations à gérer, et bien qu’elles soient ardues ou peu agréables, elles ne sont ni une montagne, ni un poids, et vous n’êtes pas dans un film hollywoodien où, effectivement, pas loin de mille péripéties se succèdent dans la vie du personnage principal.

Je vous demande notamment de porter principalement votre attention sur cette métaphore in absentia, qui vient REMPLACER votre réalité véritable (en supprimant directement le comparé) par une autre réalité plus dramatisée.

Pour vous aider à vous débarrasser d’un langage qui dramatise votre quotidien, je vous propose un petit listing des expressions que j’entends le plus souvent (et leurs démentis).

Je suis blessé.e par tes propos / ton attitude Vraiment ? Tu saignes ?
NON tu n’es pas blessé.e. Tu es éventuellement attristé.e, peiné.e, en colère, mais les actions d’une personne n’ont pas le pouvoir de te blesser. Reprends le contrôle, et réalise que tes propres mots te heurtent plus que la personne en face de toi !
J’ai reçu un coup de poignard dans le dos Même réflexion ici.
Je porte le poids du passé Le passé n’a que l’importance que tu lui laisses. Tu ne portes rien : tes épaules sont dégagées. Rappelle-toi : peu importe d’où tu viens, là où tu vas t’appartient!
La douleur de la rupture me hante Tu l’auras compris, les métaphores de la douleur physique sont À BANNIR. Remplace ce mot « douleur » par le mot « chagrin », et le verbe « hanter » (qui puise lui-même ses sources dans le folklore et les histoires) par un vocable plus terre à terre : « le chagrin lié à ma rupture est toujours présent ». Ça va déjà mieux, non ? Là, la situation semble déjà beaucoup plus gérable.
Je suis mort.e de fatigue/de faim … A-t-on vraiment besoin de commenter l’ultra-dramatisation de celle-ci ? Non tu n’es pas mort !! LES MORTS NE SE PLAIGNENT PAS ! Allez, encore un petit effort !
Je suis trop déprimé aujourd’hui Cet adverbe  « trop » tend à donner de l’excès à tout ce qu’il touche. Si tu es « trop » déprimé, à savoir, « au-delà de la limite acceptable », il est temps de consulter un cabinet psy. Le souligner verbalement à répétition sans décision et action concrète pour y remédier est un procédé au mieux stérile, au pire nocif. Et parler de « déprime » pour une frustration mineure, « je suis trop déprimé, ils n’avaient plus de smoothie à la fraise », ne t’aidera pas à renforcer ton bien-être mental.
C’est l’horreur (complète) ! Oh je te comprends ! Tu n’as plus de toit sur la tête, ton pays est en famine, ta famille a été assassinée, tu as été agressé.e ce matin, et ton compte en banque est vide ?
Rappelle-toi : ta pire journée de merde est la journée rêvée de bien des habitants de cette planète !
J’ai la corde au cou dans cette situation Montre-la moi !
Il/elle m’a mis.e dans cette situation FAUX ! Personne ne t’a « pris » de force pour te « mettre » quelque part. Tu t’es mis.e dans cette situation en acceptant de le/la suivre dans une démarche pour laquelle tu étais volontaire. Ne fais pas de toi une victime ! Tu as le contrôle sur ce que tu fais et vis !
Les obstacles sont nombreux Une haie, une montagne, un précipice, un torrent de lave sont des obstacles. Stimule ton esprit de conquête : tu ne rencontres pas des obstacles, mais des défis !
Je suis au bout du rouleau Le bout du rouleau, c’est quand il ne reste plus rien. S’il te reste de l’énergie pour dire que tu es au bout du rouleau, c’est que tu n’es pas au bout de tes ressources. Lève-toi et marche !
J’ai été abandonné Non. Il/elle t’a quitté.e ou est parti.e. Tu n’es pas un chiot laissé.e sur l’autoroute. Tu es un adulte en maitrise. Il/elle est partie ? Ta vie continue !
Je vais décéder si ça continue ! Ah seigneur ! Tu vas décéder !
Faisons autre chose : tu vas décider. Décider d’arrêter de te raconter des conneries !
Je porte un énorme fardeau Voir « la corde au cou » : montre-le-moi !
J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps Voir « le bout du rouleau » : Quand y en a plus, y en a encore !
Je suis vidé.e IDEM
Une situation épineuse / je m’y suis piqué.e Une situation est délicate ou compliquée. Mais pas épineuse !
J’ai un caractère de cochon La métaphore porcine pour parler de toi-même ne valorise pas ton estime de toi. Tu as un caractère bien trempé !
Ce boulot est une torture Ce boulot est difficile.
Je me suis bien fait enc*ler Ce que tu fais dans ton temps libre ne me regarde pas. Mais si tu emploies cette expression pour parler d’une trahison ou d’un investissement financier excessif, je te conseille d’en choisir une autre, qui mettra ta conception de tes organes génitaux moins à mal 😁
Je suis emprisonné.e dans cette situation Montre-moi la porte de la prison 😉
Il/elle m’étouffe Ses mains sont donc autour de ton cou ?
Je stagne Depuis hier, tu n’as rien fait, pas respiré, parlé à personne ? Peut-être que tu n’as rien entrepris de particulier par rapport à une situation donnée, mais tu es en permanente évolution. En ne faisant rien, tu ne stagnes pas: tu t’achemines vers une situation qui ne te conviendra sûrement pas. Ta vie n’est pas une plateforme immobile mais un tapis roulant. Tu avances quoi qu’il arrive ! Alors fais en sorte d’avancer de la meilleure manière possible vers tes objectifs.
Je suis dans un vrai bourbier Tes pieds collent au sol, donc ?
Je dois me reconstruire ou refaire ma vie Tu n’es pas détruit, ta vie n’est pas défaite. Haut les cœurs ! Tu dois « gérer ton état / te lancer dans de nouveaux projets ou te remettre en couple ».

Dans la mesure où la psychologie est un champ d’étude où les enjeux ne sont pas matériels, il est difficile de décrire notre monde intérieur. De ce fait, il est tentant de vouloir illustrer nos états d’âme avec des images. Ce n’est pas toujours une bonne idée : rappelez-vous que décrire ses ressentis émotionnels avec le plus de « froideur » scientifique possible vous permet d’alléger la conscience de vos épreuves et de maximiser votre vitalité. Une pensée qui vous suggère une métaphore dramatique, n’est au final qu’une pensée, et rien ne vous oblige à lui accorder du crédit !

Et quitte à enjoliver la réalité avec des images, pourquoi ne pas le faire avec des images avantageuses, qui favorisent votre confiance en vous, votre force mentale, et votre discipline quotidienne ? C’est d’ailleurs ainsi que procèdent parfois les thérapeutes en vous proposant des exercices de visualisation, où la douleur, peine, stress, sont imagés comme un nœud d’énergie qui s’assouplit et finit par se dissoudre, avant que votre corps accueille une vague de bien-être et de vitalité.

Dites-nous dans les commentaires lesquelles de ces expressions vous et vos proches utilisez le plus. Faites-leur remarquer, et partagez-nous ci-dessous comment ils ont réagi !

N’oubliez pas! L’histoire que vous vous racontez sur votre vie est plus déterminante dans votre réussite que votre vie elle-même. Apprenez-en plus à ce sujet avec l’article « Là où tu vas t’appartient ».

6 commentaires

  1. jjlaclass sur 10 août 2022 à 11h39

    Patrick, tu es un vrai couteau Suisse 😉

    • Cloé Bensaï sur 18 août 2022 à 15h28

      Ravi d’être assez « aiguisé » pour mon public corse! 😀

  2. Anonyme sur 11 août 2022 à 2h03

    Excellentissime excellent site BRAVO!!!!!!

    • Cloé Bensaï sur 18 août 2022 à 15h28

      Un grand merci pour votre appréciation!

  3. Gabard sur 8 septembre 2022 à 8h30

    Le poids des mots !

    • Cloé Bensaï sur 15 septembre 2022 à 17h41

      Joli trait d’esprit 😀

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